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a) Les mécanismes d'action physico-chimique en réponse à
un stress prolongé
De façon schématique, disons que toute réaction
émotive est transcrite en phénomènes bio-chimiques qui inondent le corps à partir de l'organe
enregistreur, le cerveau.
Le double circuit anatomo-chimique est
connu : il part du cerveau avec mise en alerte des structures limbiques (amygdale, hippocampe,
nucleus accumbens), du cortex (temporal et préfrontal), de certains noyaux
de l'hypothalamus et de
l'hypophyse principalement. Cette mise en alerte se propage à
travers les différentes structures anatomiques cérébrales par changement
dans la sécrétion des nombreux neuromédiateurs cérébraux dont la dopamine
et la sérotonine ainsi que des hormones, autre type de neurotransmetteurs.
D'une part, l'hypophyse va sécréter une hormone
spécifique en cas de stress, l'adrénocorticotrophine, qui va aller stimuler
les glandes surrénales; celles-ci produisent à leur tour de l'adrénaline
(neuromédiateur du système sympathique qui active tout un ensemble de
structures dont le coeur, les poumons et autres viscères, la peau et les
muscles) et des glucocorticoïdes dont le cortisol qui vont aider le corps à
transformer les sucres en énergie.
D'autre part et dans le même temps, le système
sympathique activé par l'hypothalamus va actionner les organes du système
immunitaire, préparant ainsi l'organisme à une première ligne de défense
rapide puis à une seconde plus lente.
Les sécrétions en neuromédiateurs et autres
hormones spécifiques reprennent un niveau normal quand le stress disparaît.
Par contre et c'est là le problème, quand la
personne se trouve en
état de stress continu ou prolongé, des
dommages physiques et psychiques vont se produire. Que se passe-t-il ?
On sait depuis quelques années qu'un état
chronique de stress, même de faible intensité, conduit à l'affaiblissement du système immunitaire, à la
perte de la masse osseuse (décalcification) et de la musculature (fonte des
muscles), à des troubles gastro-intestinaux, à la suppression de la
reproduction et à des problèmes mnémoniques (détérioration des neurones de
l'hippocampe) [1].
Les grands responsables de ces diverses pathologies
sont les glucocorticoïdes [2] qui se maintiennent à un taux élevé dans
l'organisme à la différence des autres hormones spécifiques du stress qui
ne peuvent rester à des taux élevés.
En se maintenant à un taux élevé dans le sang, les
glucocorticoïdes neutralisent le système immunitaire dans sa double action,
celle rapide avec les macrophages et lente avec les lymphocytes, par
surproduction de certaines cytokines qui le rendent inopérant. C'est le
phénomène d'immunosuppression
[3].
Si nous nous reportons à la méta-analyse des
psychologues Suzanne Segeström et Gregory Miller [4], le stress, dépendant
de son type et de sa durée, provoque ou non une baisse sélective des
défenses du système immunitaire. Selon leurs résultats, plus le stress se
chronicise, plus les mécanismes cellulaires complexes normalement mis en
action dans la lutte contre les maladies sont altérés.
En ce qui concerne l'affaiblissement du système
immunitaire, je pense à tous ces jeunes enfants exposés à un stress
prolongé dû à de mauvaises conditions de vie que j'ai vus en consultation
et que je continue de voir dont le carnet de santé est rempli
d'observations médicales menant aux mêmes diagnostics à longueur de mois
tels que rhinites,
rhino-pharyngites, bronchites et autres maladies infectieuses de l'appareil
respiratoire.
b) Liste des principales
pathologies liées à ce type de stress [5]
- Troubles de la mémoire (par
détérioration de l'hippocampe responsable de la mémoire de la tonalité
émotive des évènements).
- Inhibition de la croissance chez
les sujets jeunes suite à la diminution de la sécrétion de l'hormone de
croissance par l'hypophyse [6].
- Décalcification osseuse.
- Fonte des muscles causant un état de faiblesse et de fatigue.
- Lésions du muscle cardiaque.
- Parois des vaisseaux sanguins
fragilisée.
- Dépôt de cholestérol avec formation de
plaques athéromateuses.
- Pathologies gastro-intestinales : en
particulier ulcères peptiques.
- Altération de la physiologie
reproductrice chez les deux sexes.
- Affaiblissement chronique de la
résistance aux maladies avec fréquence élevée des maladies infectieuses
(nous
pensons à tous ces jeunes enfants traumatisés par les conditions de vie qui
leur sont imposées malgré leurs besoins et leurs désirs, suite à la
séparation de leur père et mère, et dont le carnet de santé est couvert
d'observations médicales au sujet de rhinites, rhino-pharyngites et
bronchites à répétition).
De plus, à noter qu'il y aurait un lien entre les traumatismes
subis durant l'enfance et les maladies de type
inflammatoire à l'âge adulte selon
Andrea Danese, chercheur à l'Institute
of Psychiatry à King's College London.
Etude longitudinale sur 32 ans publiée
par Andrea Danese et al, Childhood maltreatment
predicts adult inflammation in a life course
study, Proceedings of the National Academy
of Sciences, Vol.104 (4), pp.1319-24, 23/01/2007.
http://intl.pnas.org
[1]
A consulter sur le stress chronique et ses effets nocifs sur l'organisme
l'ouvrage de N.Boisacq-Schepens
et M.Crommelinck, Neuro-psycho-physiologie, vol 2, pp. 91-101, Ed.Masson, Paris, 1996.
[2]
"Les glucocorticoïdes et l'ACTH", article de Hervé Allain, mis en
ligne sur le site med.univ.rennes1.f/etud/pharmaco/glucocorticoïdes-et-ACTH
[3)
"Stress et cellules tueuses", article de Karl Bechter et
Katja Gaschler, pp 82-85, dans la revue Cerveau et
Psycho, n°8, déc 04-fév 05, 2005.
[4] Suzanne C.Segeström et
Gregory E.Miller: "Psychological Stress and the Human Immune System: A
Meta-analytic Study of 30 Years of Inquiry", pp.601-630, dans le
"Psychological Bulletin", 2004, Vol 130, n°4.
[5] A consulter sur le stress chronique et ses effets nocifs sur
l'organisme les pages 91-101 citées supra du tome 2 de
Neuro-psycho-physiologie.
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