Troubles des fonctions physiologiques

  

 

 

Index
Les types de maltraitance
Effets du stress chronique
Troubles du développement psychologique
Troubles des fonctions physiologiques
Répercussions chez l'adulte
Références et liens

 

 

Manifestations de type physique liées au stress prolongé

 

Les indicateurs physiques du stress s'observent dans les domaines suivants:

        

           aspect physique de l'enfant tel qu'il se présente lors de la consultation

           - les maux corporels dont il se plaint.

           - les troubles dans les fonctions physiologiques tels que rapportés par le parent maternant, recueillis par le médecin dans le carnet de santé de l'enfant et décrits par l'enfant lui-même quand il le peut.

 

 circle12_blue.gif Dans la majorité des cas,  l'enfant soumis à une forme ou une autre de maltraitance a l'air malingre, chétif, souffreteux. Il « ne respire pas la santé ». Son teint est pâle, trop pâle pour certains ; il est plutôt maigrelet. On comprend qu'il y a problème autour de la nutrition.

Ce qui frappe  et qui retient l'attention, c'est son regard quand il ose lever les yeux. Le regard est triste, quelquefois si triste qu'il en paraît éteint. L'interrogation peut remplacer la tristesse dans les yeux. On y perçoit l'appréhension, l'expectative, la retenue.           
Les gestes sont significatifs eux-aussi. Ils sont maladroits, empruntés, un peu gauches. On voit que l'enfant se sent mal à l'aise, constricté : il n'ose pas trop remuer par peur d'être puni.

Constricté dans ses gestes, ses mouvements, son expression verbale, et peureux mais aussi et à la fois, pouvant devenir agité, nerveux, fébrile. L'allure générale est celle de la passivité, de la grande timidité.

 

  circle12_blue.gif On sait que l'enfant souffre tout simplement parce qu'il se plaint de divers maux physiques.
Avoir « mal au ventre » est très souvent rapporté par l'enfant: il est soit constipé, soit il a des accès de diarrhées. Nausées et, ou vomissements peuvent être présents quand il dit avoir « mal au coeur ». Il se plaint d'avoir "mal à la tête". Crises d'asthme, éruptions cutanées sont récurrentes. Crises de nerfs, tétanie et convulsions sont aussi mentionnées, mais plus rarement.

blue05_next.gifMaux de tête, maux d'estomac, douleurs abdominales, démangeaisons, asthme, tous ces maux physiques sont autant de signes montrant que l'enfant est perpétuellement sur le qui-vive, tendu, stressé.

Ce déséquilibre dans les fonctions physiologiques constitue la troisième composante dans l'inventaire des symptômes physiques retenus.

 

  circle12_blue.gif Il est marqué principalement pour les fonctions qui sont le plus directement touchées et le plus communément altérées par le stress soit les troubles du sommeil, ceux liés aux fonctions de digestion, les troubles respiratoires,  et les éruptions cutanées.

 

           - troubles du sommeil avec réveils nocturnes, cris, cauchemars, hurlements ou refus de s'endormir, somnambulisme, convulsions dans les états de stress paroxystique. En général, la difficulté de l'enfant à s'endormir s'accompagne de symptômes psychologiques appelés peurs, peur de la noirceur, peur de se retrouver seul quand il se réveille [(à relier à l'angoisse de séparation de l'être aimé quand celle-ci s'opère à son insu). Nous l'avons décrite supra: cette angoisse de séparation s'exprime par des peurs : peur de l'obscurité, peur de  rester seul ou de se retrouver seul. Quand elles s'intensifient, les peurs  deviennent des phobies].

 

            -troubles liés aux fonctions digestives  dans leurs différentes étapes : absorption, transformation, excrétion.

 

blue05_next.gifTroubles  dans la prise de nourriture, ceux-ci  caractérisés le plus souvent par une baisse de l'appétit ou une incapacité à s'alimenter: soit refus du biberon, picorage, anorexie et plus rarement boulimie.

 blue05_next.gifNausées, régurgitations, vomissements, accompagnent fréquemment ou induisent le manque d'appétit pour cause de stress : la dégradation des aliments est perturbée. 

blue05_next.gif Quand ils sont attribuables à un retard dans l'appentissage au contrôle des sphincters ou à une perte de ce contrôle auparavant appris, les troubles dans l'excrétion s'expriment sous plusieurs formes : incontinence vésicale ponctuelle ou énurésie pour la micturition, incontinence anale ponctuelle avec diarrhées ou non pour la défécation, l'encoprésie restant un symptôme assez rare. A l'opposé, l'apparition de la constipation est un symptôme récurrent quand il y a stress.

 

              - Les troubles liés à la fonction respiratoire sont d'une part, l'hyperventilation et les crises d'asthme dont on remarque la recrudescence quand l'enfant, au préalable sujet à ces crises, est exposé à des situations stressantes et, d'autre part,  les troubles d'origine infectieuse comme les rhinites, rhino-pharyngites et bronchites.

             

             -  Les éruptions cutanées: eczéma, zona d'origine nerveuse. Sur ce sujet d'un lien entre stress et problèmes cutanés, à noter la récente expérience faite par des chercheurs japonais sur des souris: en leur faisant subir un stress psychologique, les chercheurs ont provoqué l'apparition de lésions cutanées chez ces animaux. Hiroo Amano et al. Psychological Stress can Trigger Atopic Dermatitis in NC/Nga Mice: An Inhibitory Effect of Corticotropin-Releasing Factor, Neuropsychopharmacology (2008) 33, 566-573.

 

Les mécanismes d'action physico-chimique en réponse à un stress prolongé et liste des principales pathologies liées à ce type de stress.

 

a) Les mécanismes d'action physico-chimique en réponse à un stress prolongé

 

De façon schématique, disons que toute réaction émotive est transcrite en phénomènes bio-chimiques qui inondent  le corps à partir de l'organe enregistreur, le cerveau.

Le double circuit anatomo-chimique est connu : il part du cerveau avec mise en  alerte des structures limbiques (amygdale, hippocampe, nucleus accumbens), du cortex (temporal et préfrontal), de certains noyaux de l'hypothalamus et de  l'hypophyse principalement. Cette mise en alerte se propage à travers les différentes structures anatomiques cérébrales par changement dans la sécrétion des nombreux neuromédiateurs cérébraux dont la dopamine et la sérotonine ainsi que des hormones, autre type de neurotransmetteurs.

D'une part, l'hypophyse va sécréter une hormone spécifique en cas de stress, l'adrénocorticotrophine, qui va aller stimuler les glandes surrénales; celles-ci produisent à leur tour de l'adrénaline (neuromédiateur du système sympathique qui active tout un ensemble de structures dont le coeur, les poumons et autres viscères, la peau et les muscles) et des glucocorticoïdes dont le cortisol qui vont aider le corps à transformer les sucres en énergie.

D'autre part et dans le même temps, le système sympathique activé par l'hypothalamus va actionner les organes du système immunitaire, préparant ainsi l'organisme à une première ligne de défense rapide puis à une seconde plus lente.

Les sécrétions en neuromédiateurs et autres hormones spécifiques reprennent un niveau normal quand le stress disparaît.

Par contre et c'est là le problème, quand la personne se trouve en état de stress continu ou prolongé, des dommages physiques et psychiques vont se produire. Que se passe-t-il ?

On sait depuis quelques années qu'un état chronique de stress, même de faible intensité, conduit à l'affaiblissement du système immunitaire, à la perte de la masse osseuse (décalcification) et de la musculature (fonte des muscles), à des troubles gastro-intestinaux, à la suppression de la reproduction et à des problèmes mnémoniques (détérioration des neurones de l'hippocampe) [1].

Les grands responsables de ces diverses pathologies sont les glucocorticoïdes [2] qui se maintiennent à un taux élevé dans l'organisme à la différence des autres hormones spécifiques du stress qui ne peuvent rester à des taux élevés.

En se maintenant à un taux élevé dans le sang, les glucocorticoïdes neutralisent le système immunitaire dans sa double action, celle rapide avec les macrophages et lente avec les lymphocytes, par surproduction de certaines cytokines qui le rendent inopérant. C'est le phénomène d'immunosuppression [3].

Si nous nous reportons à la méta-analyse des psychologues Suzanne Segeström et Gregory Miller [4], le stress, dépendant de son type et de sa durée, provoque ou non une baisse sélective des défenses du système immunitaire. Selon leurs résultats, plus le stress se chronicise, plus les mécanismes cellulaires complexes normalement mis en action dans la lutte contre les maladies sont altérés.

En ce qui concerne l'affaiblissement du système immunitaire, je pense à tous ces jeunes enfants exposés à un stress prolongé dû à de mauvaises conditions de vie que j'ai vus en consultation et que je continue de voir dont le carnet de santé est rempli d'observations médicales menant aux mêmes diagnostics à longueur de mois tels que rhinites, rhino-pharyngites, bronchites et autres maladies infectieuses de l'appareil respiratoire.

 

b) Liste des principales pathologies liées à ce type de stress [5]:

 

- Troubles de la mémoire (par détérioration de l'hippocampe responsable de la mémoire de la tonalité émotive des évènements).

Inhibition de la croissance chez les sujets jeunes suite à la diminution de la sécrétion de l'hormone de croissance par l'hypophyse [6].

Décalcification osseuse.

Fonte des muscles causant un état de faiblesse et de fatigue.

Lésions du muscle cardiaque.

Parois des vaisseaux sanguins fragilisée.

Dépôt de cholestérol avec formation de plaques athéromateuses.

Pathologies gastro-intestinales : en particulier ulcères peptiques.

Altération de la physiologie reproductrice chez les deux sexes.

Affaiblissement chronique de la résistance aux maladies avec fréquence élevée des maladies infectieuses (nous pensons à tous ces jeunes enfants traumatisés par les conditions de vie qui leur sont imposées malgré leurs besoins et leurs désirs, suite à la séparation de leur père et mère, et dont le carnet de santé est couvert d'observations médicales au sujet de rhinites, rhino-pharyngites et bronchites à répétition).

blue02_next.gif De plus, à noter qu'il y aurait un lien entre les traumatismes subis durant l'enfance et les maladies de type inflammatoire à l'âge adulte selon Andrea Danese, chercheur à l'Institute of Psychiatry à King's College London.  Etude longitudinale sur 32 ans publiée par Andrea Danese et al, Childhood maltreatment predicts adult inflammation in a life course study, Proceedings of the National Academy of Sciences, Vol.104 (4), pp.1319-24, 23/01/2007. http://intl.pnas.org

 

[1] A consulter sur le stress chronique et ses effets nocifs sur l'organisme l'ouvrage de N.Boisacq-Schepens et M.Crommelinck, Neuro-psycho-physiologie, vol 2, pp. 91-101, Ed.Masson, Paris, 1996.

[2] "Les glucocorticoïdes et l'ACTH", article de Hervé Allain, mis en ligne sur le site med.univ.rennes1.f/etud/pharmaco/glucocorticoïdes-et-ACTH

[3) "Stress et cellules tueuses", article de  Karl Bechter et Katja Gaschler, pp 82-85,  dans la revue Cerveau et Psycho, n°8, déc 04-fév 05, 2005.

[4] Suzanne C.Segeström et Gregory E.Miller: "Psychological Stress and the Human Immune System: A Meta-analytic Study of 30 Years of Inquiry", pp.601-630, dans le "Psychological Bulletin", 2004, Vol 130, n°4.

[5] A consulter sur le stress chronique et ses effets nocifs sur l'organisme les pages 91-101 citées supra du tome 2 de Neuro-psycho-physiologie.

[6] Selon les auteurs cités ci-dessus, « le stress prolongé paraît particulièrement délétère chez le sujet jeune en phase anabolique intense : après une bouffée initiale de GH (hormone de croissance), cette sécrétion diminue fortement pouvant entraîner à la longue une inhibition de la croissance, sous l'effet de stresseurs chroniques puissants telle une importante privation affective ou une perturbation émotionnelle majeure ». op.cit., p.95.

                                                                                                                                           

 

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Copyright © {juin 2007} {Dominique Brunet, Ph.D.}. Tous droits réservés.

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