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Troubles du développement psychologique |
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Par développement psychologique, on signifie le développement psycho-affectif et émotif de l'enfant soit ce qui contribue à la formation de sa personnalité propre, mais aussi la nature de sa relation à autrui, à commencer à ses parents, et au monde, et l'incidence de ce développement sur sa performance intellectuelle, donc sur ses capacités d'apprentissage. Dans tous les
cas de maltraitance parentale, que celle-ci soit volontaire (enfants
agressés physiquement et psychologiquement
par un parent en toute conscience, pour lui faire du mal) ou involontaire
( jeunes mamans démunies, parent qui, le plus souvent suite à une décision
de justice, est contraint de se séparer de son/ses enfants
dans les cas de litige au sujet de leur garde), les troubles dans ce développement psychologique
de l'enfant sont sévères, parfois
indélébiles quand ils perdurent à l'âge
adulte sous forme d'état. Pour les troubles émotivo-affectifs avec répercussions sur la relation à autrui et sur le développement intellectuel, ce sont:
- les
variations de l'humeur. - le
repli sur soi. -
la perte du contact avec la réalité. -
l'angoisse et la confusion. -
le sentiment d'insécurité, l'absence de confiance en soi. -
le manque d'attention et de concentration. Les difficultés dans les apprentissages étant: - retard ou régression.
I/ La variabilité de l'humeur et des émotions qui l'accompagnent. Exposé à un stress chronique, la qualité de l'humeur de l'enfant devient changeante; on parle d'une humeur labile qui oscille entre la tristesse, la colère, voir l'agressivité avec de courts intervalles durant lesquels il esquissera un sourire, aura un geste d'affection. On le dit capricieux, grincheux dans le meilleur des cas; autrement, on le décrit comme triste, taciturne. Ses émotions seront plutôt du registre de la colère quand il l'exprime ou inexistantes. Labilité de l'humeur avec le plus souvent une composante de tristesse, émotions altérées, à la fois ou tour à tour exacerbées et/ou émoussées annoncent le repli sur soi qui s'exprime sous plusieurs formes.
II/ Le repli sur soi a) les conduites d'évitement ou négation: c'est le « non » à tout en disant « non » bien entendu avec refus d'obéir que ce soit pour s'habiller, manger, dormir, aller à l'école, mais aussi se boucher les oreilles pour ne pas entendre, détourner le regard pour ne pas rencontrer celui de l'adulte, refuser d'être touché ou de toucher, câlins et prise dans les bras sont alors évités par l'enfant et même combattus. L'enfant se réfugie dans un coin, à l'abri pense-t-il. A noter que le manque de concentration et d'attention observé tant à la maison qu'à l'école est apparenté à la conduite d'évitement, une façon de s'abstraire d'un monde perçu comme angoissant. b) l'attitude prostrée: il fait le « mort », ne s'intéressant plus à rien, faisant comme si il était dans un autre monde, ne bougeant plus, ne se manifestant plus : c'est l'atonie; son visage n'a plus d' expression. dans les cas les plus dramatiques, il reste couché en position foetale dans son lit ou dans un coin. c) les conduites de régression :conduites d'autostimulation infantile comme sucer son pouce à nouveau ou se bercer d'avant en arrière; reparler « bébé » ou cesser de parler; redemander son « nin-nin »; selon la tranche d'âge, on note soit un retard dans le contrôle des sphincters, soit une régression. d) automutilation: plus grave encore quand il se sent abandonné, incompris alors que l'état de frustration dans lequel il est devient intenable, l'agressivité qu'il aura pu développer envers les autres, enfants et adultes, il la retourne de plus en plus contre lui-même; c'est l'automutilation qui commence avec des tics comme se ronger les ongles, s'arracher la peau autour des ongles, s'arracher des touffes de cheveux, pour finir par se taper contre les murs, se frapper le corps.
III/ Perte du contact avec la réalité. Le repli sur soi se prolongeant, il devient une habitude : un conditionnement se produit. Ses caractéristiques principales sont le refuge dans l'imaginaire et, en conséquence, dépendant de l'âge de l'enfant, une socialisation a minima ou la désocialisation. D'une part, l'enfant perd progressivement le contact avec la réalité: il se réfugie de plus en plus dans son monde phantasmatique; d'autre part, c'est tout l'ensemble de sa relation au monde, aux personnes adultes et autres enfants, aux choses qui est altéré, d'où une socialisation soit interrompue, soit différée. En s'inventant un monde à lui, l'enfant se donne du répit vis-à-vis du monde adulte qui le blesse, l'ignore, le rend à la fois triste et malheureux: le rêve, c'est sa seule et unique consolation. A remarquer que cette échappée dans le rêve ou la rêverie sera gardée comme mécanisme de défense à l'âge adulte: on dira alors que cette personne "n'a pas les pieds sur terre", qu'elle est "cérébrale". Dans son abri phantasmatique, il y découvre un sentiment auquel le monde des adultes ne l'a pas habitué ou l'a déshabitué: le bonheur, être heureux, plus de douleurs, plus d'humiliations, plus d'incompréhensions, plus de pleurs. Pour construire une identité fragmentée à cause d'adultes insensibles à ses besoins, irresponsables ou ne pensant qu'à eux-mêmes, l'enfant est poussé à perdre le contact avec le réel. Plus tard, le phénomène de déstructuration du moi et donc de dépersonnalisation aura toutes les chances de trouver un terrain propice à son éclosion et de se mettra en marche. On risque d'entrer alors dans les mécanismes de pensée de type autiste, schizoïde, voir schizophrénique. Avec ce qui vient d'être dit, ne faisons plus les étonnés quand on voit un enfant se raconter beaucoup d'histoires, s'inventer une nouvelle vie, dire que ses parents ne sont pas ses parents, phantasmer sur des situations ou des personnes qui n'ont d'existence que dans sa tête. N'accusons plus cet enfant de mythomanie et de « mensonge» : il affabule parce qu'il se protège puisque soit on ne le protège pas, ou plus, ou mal, soit on l'agresse. Il affabule d'autant plus à cause de la précarité de sa condition qu'il se trouvera dans cette tranche d'âge durant laquelle la pensée magique prédomine, c'est-à-dire entre deux et cinq à six ans.
IV/ L'angoisse[1] et la confusion. A la différence du tout jeune enfant qui, quand il vit dans de bonnes conditions familiales, croit en la toute-puissance de ses parents et en leur perfection puisque ceux-ci le protégent de façon magique de toutes personnes perçues par lui comme « pas gentilles » ou même "méchantes" et qu'ils savent résoudre toutes les difficultés qu'il peut rencontrer dans sa jeune vie, l'enfant qui subit l'agression d'un parent ou celui dont le parent se montre impuissant à le protéger et à le défendre face aux personnes qui lui font du mal, cet enfant vit dans un état d'angoisse permanent. Il n'a plus personne en qui avoir confiance, qui puisse le protéger, l'aider. D'une part, il se sent et il est effectivement seul face au monde des adultes, un monde qu'il est en train d'apprendre à connaître mais qu'il ne comprend pas et ce, d'autant moins, que les adultes qui disent l'aimer le font souffrir tout en ignorant sa souffrance; d'où la confusion qui, dans son esprit, vient accroître l'angoisse de cette solitude si tôt perçue face à ceux qui lui tiennent un double langage et ont envers lui des comportements contradictoires. Dans les cas où l'enfant se trouve séparé brutalement de son parent maternant, comme cela arrive à l'issue d'une décision de justice quand elle est prononcée en faveur de l'autre parent ou en faveur d'un partage de garde, à l'angoisse existentielle que peut vivre tout enfant qui subit des traumatismes s'ajoute en l'intensifiant l'angoisse d'abandon par ce parent maternant. Devant l'immense vide affectif de cette séparation brutale, l'enfant se sent perdu, souffre dans son coeur et dans son âme. Il n'a qu'un désir, qu'un espoir qui hante ses jours et ses nuits, c'est celui de retourner auprès de ce parent même si ce dernier ne lui assure pas toute la sécurité dont il a besoin. Se produit alors un surinvestissement affectif de l'enfant auprès du parent maternant car, à l'expérience de la rupture avec le parent aimé vécue trop tôt dans sa jeune vie, donc à l'angoisse de perdre le premier être cher qu'il a connu, s'ajoute la pré-conscience ou l'intuition de dangers futurs qu'il ne pourra être que seul à affronter, le modèle parental positif n'étant pas omnipuissant.
Par ailleurs, à l'angoisse se mêle à nouveau la confusion quand il y a perte des repères familiers ou leur absence. On
l'a remarqué supra: la confusion naît quand
il y a messages contradictoires donnés par les figures parentales
qui sont alors
perçues à la fois comme "bonnes" et "mauvaises"par
l'enfant. La confusion naît aussi de l'instabilité.
Quand on est en situation de stress permanent et donc dans un état d'angoisse constante, rien n'est plus réconfortant que de retrouver ses petites habitudes, un endroit familier, des choses familières, des figures aimantes; sinon, c'est la confusion totale.
V/ Le sentiment d'insécurité. Le sentiment d'insécurité, une des manifestations de l'angoisse généralisée, se traduit par le manque de confiance en soi, les peurs, les phobies ou peurs exacerbées La manque de confiance en soi naît à la fois du climat d'insécurité dans lequel l'enfant maltraité vit et de ce dont il est témoin, les adultes qui l'entourent participant par leur paroles et leurs comportements à ce que l'enfant ne puisse les croire, avoir confiance en eux. L'enfant ne sait jamais ce qui l'attend quand il a des parents maltraitants et/ou irresponsables. Ce climat fait d'incertitudes et de souffrances tant en ce qui concerne les situations que les personnes de son entourage, l'enfant va à un moment donné le faire sien. Il intériorise en les faisant siennes brimades, insultes, humiliations et image de parent irresponsable et/ou inadéquat : à son tour, le doute en lui s'installe. Plus tard, il manquera d'assurance, de réactivité, changera d'avis, le risque étant de devenir un passif-agressif qui n'assume pas ses responsabilités, prompt à projeter sur autrui ce qui ne va pas dans sa propre vie.
VI/ Le manque d'attention et de concentration. Autre répercussion psychologique d'envergure à mentionner, le manque d'attention et de concentration.
Parce qu'il se
trouve précisément à ce stade de développement durant lequel toute une
gamme d'apprentissages essentiels se met en place, il est impératif que
l'esprit de l'enfant soit en condition de disponibilité et donc serein pour
apprendre, retenir, mémoriser, mettre à profit ce qu'on lui montre en le
répétant ou en le refaisant lui-même car, sans attention
ni concentration, point de rétention d'informations ni de
rappel. Pour l'enfant qui subit de mauvais traitements, la sérénité soit l'équilibre émotivo-affectif n'est certes pas au rendez-vous. Son esprit n'est pas disponible à l'écoute, à la mémorisation, au désir d'apprendre et de reproduire. On le comprend : il est soucieux, inquiet, déstabilisé, déstructuré, apeuré, angoissé, appréhensif au sujet de tout, de sa vie, des autres, du monde alentour. Il préfère se réfugier, cela a été observé supra, dans son monde imaginaire, ses propres phantasmes, occupé qu'il est à se recréer une vie selon ses désirs, ses jeunes aspirations, puisque cette opération de repli, qui est une conduite d'évitement, le réconforte, le rassure. Alors, les apprentissages n'ont plus de priorité. L'enfant peut finir par les oublier s'ils ont eu lieu ou, s'ils n'ont pas eu lieu, on observe un retard.
Au cours du développement de l'enfant, les difficultés dans les apprentissages apparaissent sous forme de régression ou de retard. Il y a régression quand, après avoir eu lieu, les apprentissages reculent ou bien, ces apprentissages sont retardés ou lacunaires. Il y a deux types d'apprentissage: les apprentissage de base et les apprentissages scolaires.
Les apprentissages de base sont nombreux : motricité, langage, dextérité manuelle fine, propreté qui va de pair avec les apprentissages sociaux comme prendre soin de son corps, de ses affaires, manger correctement, bien se tenir, être poli. Tous ces apprentissages font appel au contrôle de soi, à la maîtrise des gestes, de la pensée, des envies et des pulsions. Et là, le modèle parental prend toute son importance, toute sa place car, il n'y a pas apprentissage plus indélébile, plus difficile à corriger quand déficitaire ou imparfait que l'empreinte ou modeling [2]. Un enfant qui est soumis à un stress intense et répété, avec des modèles parentaux déficitaires, ne va pas opérer ces différents contrôles sur lui-même comme un enfant élevé sans stress continu par des parents ayant à coeur sa bonne éducation et son bien-être. Dans le premier cas, on voit l'enfant soit régresser, soit présenter un retard dans ses contrôles. Cette observation est particulièrement pertinente aux moments de l'apprentissage à la parole ou au contrôle des sphincters. Un retard dans le langage peut être observé tout comme un retard dans le contrôle de la micturition et de la défécation. Avec les plus grands, on les voit régresser et faire à nouveau faire pipi au lit, caca dans leur pantalon, sucer leur pouce, parler « bébé » ; de propres, ils deviennent sales, ne se lavent plus, ne se brossent plus les dents, n'obéissent plus du tout, ne savent plus dire « merci », « s'il vous plaît », « bonjour » ; ils perdent leurs bonnes manières.
Il en est de même avec les apprentissages scolaires. En l'absence d'attention et de concentration, la confusion règnant dans leur cerveau, ces enfants plus préoccupés par ce qui leur arrive chez eux ou de ce qui risque de leur arriver à leur retard de l'école et à se laisser aller à phantasmer sur une vie plus agréable que soucieux de leur réussite scolaire, lire, écrire, compter et autres matières à apprendre vont être mises de côté : impossible de mémoriser soit de capter, retenir et se rappeler ce qui s'est passé en classe. On oublie tout car on ne sait rien et on ne veut rien savoir.
[1] Sur le sujet de la séparation, à lire l'ouvrage de base Attachement et perte: la séparation, angoisse, colère de John Bowlby; PUF éd, Paris 1978, 2de éd.1994. [2] Sur les
différents types d'apprentissage, à lire le chapitre sur les
conduites d'apprentissage et de mémoire, pp.177-193, dans le tome 2
du
traité Neuro-psycho-physiologie de N.Boisacq-Schepens et
M.Crommelinck, éd.Masson, Paris,
De pair avec le déséquilibre psychologique qu'il induit, le stress chronique peut être retenu comme cause d'un dysfonctionnement physiologique.
[Index]
[Les types de maltraitance]
[Effets du stress chronique]
[Troubles du développement psychologique]
[Troubles des fonctions physiologiques]
[Répercussions chez l'adulte]
[Références et liens]
Copyright © { juin 2007} {Dominique Brunet, Ph.D.}. Tous droits réservés. www.maltraitance-stresschronique.info |