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Conséquences de la maltraitance sur
le développement de l’enfant, ses répercussions quand devenu grand
adolescent/adulte sur la personnalité
Quand un enfant subit des
mauvais traitements, physiques et/ou psychologiques de façon récurrente, les
conséquences sur le développement à la fois physique et psychologique de cet
enfant sont observables durant le temps où l’enfant y est exposé ; mais,
de plus, ces conséquences risquent de s’inscrire sur le long terme quand
l’enfant est devenu grand adolescent et adulte.
On parle alors de
séquelles, les phénomènes de résilience et/ou de récupération ne s’exprimant
pas chez tout un chacun au même degré et pas nécessairement dans tous les
domaines: par exemple, on peut très bien réussir sa vie professionnelle,
artistique, sportive ou autre et avoir une vie personnelle chaotique car ces
séquelles sont le plus souvent manifestes dans la sphère émotivo-affective de
la personnalité qui peut, elle aussi, être atteinte de façon globale dans son
fonctionnement (cf. paragraphes 4 et 5).
1/ Les mauvais
traitements.
Quels sont-ils ?
Il y a ceux qui sont que l’on voit de suite à l’exemple des brutalités
physiquement appliquées qui peuvent être bien identifiées à l’examen corporel.
Il y a ceux qui mettent
du temps à être identifiés comme les violences psychologiques à répétitions,
telles que :
-
brimades comme « tu as envie de çà ou bien tu veux faire çà, eh bien
on fera le contraire juste pour t’apprendre et te montrer qui commande
ici»,
-
accusations infondées comme « c’est encore toi qui a cassé tel ou tel
objet » alors que l’enfant n’y est pour rien,
-
punitions par interdictions comme « tu ne sortiras pas »,
« je t’interdis de jouer avec tes copains »,
- privations de récompenses faites soit directement, soit de façon indirecte
comme le sont les promesses non tenues,
-
humiliations verbales « t’es un incapable, tu ne feras jamais rien,
t’es un bâtard, t’es fou, il faut t’enfermer »,
-
les négligences comme ne pas s’occuper de l’enfant, ne pas être attentif et
rester indifférent à ses besoins, que ce
soit ceux de faim, de soif, d’hygiène, sans considération pour son
développement intellectuel et son éducation sociale
2/ Les mauvais
traitements de nature psychologique
Ils sont plus longs à
être identifiables et reconnus comme tels :
- d’une part, leur nature invisible au sens propre du terme, le plus souvent
verbale, mais aussi non-verbale comme l’indifférence, le rejet, la négligence,
fait que, surtout dans leur phase initiale, la personne (enfant à adulte) qui
est soumise à ces mauvais traitements peut ne pas réaliser ce qui lui arrive et
l’entourage peut, lui aussi, ne pas y prêter au début toute l’attention voulue comme on le fait à la vue de coups ou de
blessures ; donc, ces mauvais traitements risquent d’être vécus pendant un
temps assez long, le plus souvent jusqu’à un « trop plein » de
souffrance mentale quand on entend dire « je n’en peux plus » ou
« ce pauvre enfant, il souffre » ; « il faut que cela
cesse, il faut faire quelque chose ».
- d’autre part, leur traduction en
symptômes physiques de nature psycho-somatique comme par exemple les cauchemars, les troubles
de l’appétit, l’énurésie, les réactions cutanées n’est pas toujours immédiate
et, quand elle l’est, elle peut être attribuée à d’autres causes que celle de
la maltraitance.
A la différence de la
maltraitance de nature physique, celle de nature psychologique se caractérise donc chez la personne par des
temps de réactions psychologique et somatiques plus longs, le temps que se
mettent en place dans le cerveau, organe récepteur/transmetteur, un nouveau
mode de fonctionnement neuronal qui est particulier quand la personne est
exposée à un stress chronique.
Ce mode particulier de
fonctionnement neuronal aura des conséquences graves certes sur les fonctions
physiques mais aussi sur le développement psychologique.
3/ Expressions du stress
chronique.
Le stress chronique
s’exprime sous ses deux formes somatique et psychologique:
a/ physiologiquement, comme
mentionné ci-dessus, en réaction aux traumatismes subis, une suite de réactions
en chaînes se met en place à partir des modifications dans les échanges intra et
extra-cellulaires qui ont lieu dans le cerveau en temps que récepteur/ transmetteur,
ces modifications provoquant la sécrétion des hormones du stress qui vont, à
leur tour, affecter le fonctionnement des organes-cibles ; ce qui va entraîner
à terme la formation des symptômes physiques diverses tels qu’asthme, éruptions
cutanées, coliques ou constipations, tachycardie, etc., symptômes appelés
psycho-somatiques.
A noter que, une fois
devenu adulte, on peut garder une fragilité de certains organes : par
exemple, s’il faisait de l’eczéma quand petit, l’adulte risque d’avoir des
poussées d’eczéma en période de stress ; si enfant, il réagissait par des
vomissements, une fois devenu adulte il pourra garder une certaine sensibilité
stomacale quand contrarié.
De même,
b/ pour les
manifestations psychologiques, celles-ci impliquent directement le
fonctionnement du cerveau, organe-siège, entre autres fonctions, de la pensée,
de son exercice et de son contrôle, donc organe-siège des
cognitions (facultés intellectuelles et perceptuelles) et des réactions
psychophysiologiques au monde extérieur soit :
-
attention/concentration, mémoire, raisonnement, jugement,
-
perceptions,
-
émotions et pulsions,
-
sentiments et affects (tonalités que prennent les sentiments dans leur
expression : en exemple, affect chaleureux dans l’expression du sentiment
de tendresse).
Quand les dysfonctionnements
interneuronaux viennent perturber le cerveau dans sa fonction régalienne qui
est celle de l’exercice de la pensée et de son contrôle, ces perturbations se
traduisent en ce que l’on nomme « troubles de la pensée».
Ces troubles de la pensée prennent diverses formes allant d’altérations
passagères ou prolongées à des débordements ponctuels ou durables, les plus
graves étant la perte subite ou progressive du contrôle de la pensée.
Le spectrum de ces
manifestations psychologiques sous forme de troubles de la pensée est étendu.
Selon les facultés
impliquées, il va de :
- en ce qui concerne les facultés intellectuelles : la défaillance de
l’attention avec pour effets immédiats l’affaiblissement de la concentration et
donc de la mémorisation, des errements dans les processi de raisonnement et de
jugement avec apparition d’une logique idiosyncratique et altération du
jugement ou perte de toute logique et de tout jugement allant jusqu'aux délires
en particulier délire de persécution ;
- pour les perceptions : de l’impression d’être hors de soi ou de ne
plus être soi-même, avec phénomènes de déréalisation ponctuels jusqu’aux
phénomènes dissociatifs prolongés avec scission en deux ou en plusieurs
« moi » accompagnés ou non d’hallucinations (phénomènes perceptuels
intracérébraux faisant intervenir la mémoire sensorielle) ;
- pour les émotions : de la tristesse de l’humeur accompagnée d’une
difficulté physique et psychique à réagir exprimée par la fatigabilité et
l’asthénie à la dépression sévère avec atonie et/ou agitation, crise de larmes
profuses, idées suicidaires ;
- pour les pulsions : de leur relâchement ponctuel à l’abandon de leur
contrôle sous forme de troubles comportementaux allant des tics et tocs
à l’auto-mutilation et les actes psychopathiques, asociaux ou antisociaux;
- pour les sentiments et les affects : de leur trouble ponctuel caractérisés
par l’incertitude sur leur authenticité et l’impression de leur irréalité
jusqu’aux crises d’angoisse profonde avec peurs diurnes et nocturnes, développement
de phobies, et à l’extrême, perte de toute sensibilité et de la tonalité
affective qui y est attachée par leur neutralisation (athymie).
Cet ensemble de
modifications dans l’exercice de la pensée et de son contrôle s’opère en général
en clusters (à plusieurs), avec des intensités différentes, celles-ci s’étendant,
dans leur forme la plus bénigne, de l’ajustement de la personnalité aux
mauvaises conditions de vie sans qu’il y ait altération majeure des fonctions
cérébrales jusqu’à la perte soit ponctuelle, soit totale de la maîtrise de la
pensée et donc de son contrôle : nous parlons alors de névroses sévères ou
de psychoses.
→ NB : Les troubles
de la pensée décrits supra ne sont pas exclusifs du stress chronique comme
cause. Il existe d’autres causes possibles pour rendre compte du
dysfonctionnement interneuronal de nature cérébrale; cependant, l'état
de stress suite à des traumatismes
psychologiques est une des causes à envisager dans l’étiologie des troubles de la pensée
au même titre que les causes génétiques,
embryonnaires, accidentelles, environnementales ou autres; ce qui n'est
pas toujours le cas.
4/ Formation de la
personnalité chez
l'enfant-victime.
Sans en être nécessairement conscient, l’enfant va apprendre à agir et à penser
de manière défensive : c’est sa seule protection contre la ou les
personnes adultes qui l’agressent ; ou, en d’autres termes, c’est
l’instinct de survie qui le fait agir.
Car, à moins de se modeler sur l’agresseur, en devenant soi-même violent, le moyen
le plus sûr de se protéger efficacement pour un jeune enfant victimisé face à
un adulte agresseur, surtout sur le long terme, c’est de développer la défense
passive en apprenant, le plus souvent, de manière inconsciente des mécanismes
psychiques adaptés à sa condition et à sa portée de jeune enfant.
Dans les cas extrêmes,
quand la maltraitance n’est plus du tout supportable pour l’enfant, le seul
mécanisme de survie qui lui reste est la fuite, celle-ci possible sous sa forme
physique avec les fugues, les disparitions ou le suicide, et/ou sa forme
psychologique avec les phénomènes dissociatifs de la pensée, repli sur soi,
retrait dans un monde fantasmatique, schizoïdie, à la limite, délires avec ou
sans hallucinations quand devenu grand adolescent ou adulte.
Parmi les ajustements de
personnalité qui sont induits par le stress vécu de façon continue et, dans le
cas envisagé dans le présent écrit, celui de la maltraitance, citons les
plus facilement reconnaissables et les plus fréquemment observés chez les jeunes
enfants:
-
le refus de s’exprimer, mutisme : on parlera de « blocage »,
d’enfant « buté » ;
-
ou bien, dire « oui » à
tout ou son contraire, dire « non » pour tout : on dira que
l’enfant est soit « très mignon » soit « très vilain »; on
lui trouvera un « caractère facile » ou son contraire, un
« caractère opposant » ;
-
absence de réactions (enfant qui ne bouge pas, ne remue pas, presque
« invisible », atone) ou bien son contraire, énervé, hyperexcité, (cherchant
la bagarre) : on dira qu’il est soit « renfermé », soit
« agité, un brin provocateur » ;
-
le refuge dans les rêveries et les fantasmes s’inventant des histoires (on
dira que l’enfant est rêveur, pas concentré, ou plus grave
« menteur », « mythomane »).
5/ Les répercussions à l’adolescence
et à l’âge adulte dans le développement de la personnalité.
En fonction de la durée
des épreuves subies par l’enfant et de leur intensité, il y a risque pour
l’enfant, le jeune adolescent de présenter à la grande adolescence et à l’âge
adulte des séquelles de ces traumatismes repérables dans les caractéristiques
de personnalité.
Comme il en est avec toute forme
d’apprentissages qui sont autant de conditionnements et surtout avec ceux
appris durant l’enfance, c’est-à-dire ceux qui résistent le mieux à l’épreuve
du temps, les apprentissages conduits durant l’enfance, qui sont maintenus à
l’adolescence, vont le plus souvent laisser leur impression durablement et,
parfois, cette impression demeurera indélébile tant les mécanismes de défense
utilisés dans les situations prolongées de maltraitance en vue de se protéger
sont inscrits dans le cerveau de la personne victime en se transformant en
mécanismes-réflexes de survie.
Les réflexes mentaux de
protection et survie appris très tôt, quand ils se sont révélés efficaces
durant l’enfance et la jeune adolescence, vont faire partie intégrante des
mécanismes de pensée et donc du répertoire de conduites, façonnant ainsi la
personnalité du grand adolescent/adulte.
a/ quand les
séquelles (réflexes de protection/survie)
sont généralisées à l'ensemble
des mécanismes de la pensée et du répertoire
des conduites, les caractéristiques principales
de la personnalité observées à
la grande adolescence et à l'âge adulte
sont:
1
- le
manque d’assurance ; manque de confiance en soi et dans autrui ;
peur de s’exprimer se faisant « une montagne » de tout ; appréhension
dans la façon dont on est perçu par autrui, d’où tendance aux ruminations et à la
formation d’idées paranoïdes et ce, d’autant plus qu’on garde ces idées pour
soi, sans les tester auprès d’autrui ;
2
- passivité (se laisse dominé), peu réactif ; attend que les autres
prennent les décisions ; se retranche facilement derrière les paroles et
les actes d’autrui donc,
3
- sens des responsabilités fragile pour cause des difficultés à
s’assumer ; a plutôt tendance à projeter sur autrui ce qui peut lui
arriver ;
4
- plus dans l’expectative et le renoncement que dans la formulation de
projets et de leur réalisation ;
5
- force du moi ébranlée, volonté affaiblie d’où une motivation toujours à
renouveler ; capacité à réagir de façon positive difficile, plus prêt à
lâcher prise qu’à lutter d’où
6
- conduite d’abandon face à l’échec, vite découragé («
je n’y arriverais
jamais, je n’en suis pas capable, ce n’est pas pour moi, ce n’est pas la peine
», etc.) ;
7
- auto-dévalorisation (se blâme facilement) ou, de façon plus légère,
auto-dérision (se ridiculise devant les autres).
8
- préfère rester sur son quant-à-soi, ce qui entraîne des difficultés à se
faire des amis et relations, en particulier dans les sphères personnelle et
intime et à les garder de façon durable, d’où
9 - tendance à l’introversion, sans vouloir ou accepter de partager idées,
émotions ou sentiments avec autrui : à l’extrême, alexithymie ou incapacité
totale de parler de ses propres émotions et sentiments.
On parlera alors de personnalité à
tendance victimaire.
→ NB:
ces différents traits de personnalité
n'ont de sens comme indices de mauvais traitements durant
l'enfance que pris dans leur ensemble. Retenus un par
un, leur signification comme seul indice de maltraitance
est minorée.
b/ quand
dans leur forme restreinte d'expression, les séquelles
sont circonscrites au domaine
émotivo-affectif (indices 8 et 9). Elles sont repérables dans leurs répercussions sur la vie relationnelle
que mène la personne, vie sociale, mais surtout personnelle ou intime, échanges
et proximité de l’autre étant parfois source d’angoisse et même de frayeur, l’hypersensibilité
quand présente ne faisant que renforcer méfiance, doute et scepticisme vis-à-vis
d’autrui.
On
parlera d'une personne distante, introvertie.
Dans ce cas-ci, plus que
dans la performance intellectuelle, artistique ou autre, qui peuvent s’épanouir
à l’âge adulte après une période de latence ou de mise entre parenthèses, la
mise en place des réflexes conditionnés de protection et de survie, quand seule
la sphère émotivo-affective a été neutralisée, donne lieu à un mode de pensée
particulier et des attitudes spécifiques face à autrui sans casser
la
personnalité comme il en est avec des personnes à tendance victimaire.
En résumé, quand l’enfant
subit des maltraitances de façon chronique, ce qui était au début, une
souffrance muette de nature psychologique devient au fil du temps souffrance
visible à la fois dans ses caractéristiques physiques et mentales qui risquent
de perdurer à l’âge adulte, principalement dans le domaine émotivo-affectif.
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