Maltraitance et stress chronique

 

 

 

Index
Les types de maltraitance
Etat de stress chronique
Troubles du développement psychologique
Troubles des fonctions physiologiques
Répercussions chez l'adulte/récapitulatif
Références et liens

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Pour la reconnaissance comme entité psychonosologique des troubles du développement chez l'enfant dûs à un état de stress chronique, un état de déséquilibre* qui apparaît, entre autres situations, quand il y a maltraitance, en particulier maltraitance parentale.

 

http://www.copyrightdepot.com/cd32/00050934.htm

 

Ce site a été élaboré par Dominique Brunet, Ph.D., docteur en psychologie clinique (University of Georgia, Athens, USA). Il fait suite à l'ouvrage "L'enfant maltraité ou l'enfant oublié", publié aux Editions L'Harmattan, Paris, 2005.

 

Je viens proposer ce site d'une part, suite à mes observations cliniques et à la réflexion qu'elles m'ont suscitées au cours de ma pratique comme psychologue clinicienne et psychothérapeute tant au sein de structures publiques que dans le privé et, d'autre part, parce que confortée dans mon hypothèse par les résultats donnés durant les dernières décennies à partir d'études réalisées auprès des êtres humains et d'expériences faites en utilisant le modèle animal, à savoir:

que le stress subi de façon chronique risque non seulement de perturber le fonctionnement d'organes, cibles des hormones du stress, cela tout le monde commence à ne plus en douter, mais aussi d'altérer durablement l'anatomo-physiologie du cerveau donc le fonctionnement psychologique.

 

Ce qui représente une certaine logique quand on sait que, lorsqu'il y a troubles psychologiques que ceux-ci soient causés par des situations exogènes, c'est-à-dire externes à la personne ou endogènes au sens propre du terme, ces troubles s'expliquent par un dysfonctionnement cérébral et que ce dysfonctionnement cérébral est dû à des modifications au niveau des échanges intra et intercellulaires, ces derniers sous la dépendance des gènes et de leur expression ou non.

Ce bout de chaîne de nature génétique dans le déroulement de ce processus particulier qui a lieu dans le cerveau et qui est un processus dual à la fois psychologique et physiologique en interdépendance et en feedback ici examiné représente donc l'un des facteurs participant à l'ensemble des différences observables entre des personnes exposées à des situations de stress équivalent tant dans l'éventail de leurs réactions psychologiques et physiologiques que dans leur capacité de récupération ou non, résilience et rémanence représentant les deux facettes d'un même processus différemment partagé entre les individus. Cependant, comme nous le verrons, au-delà des différences entre les personnes en réaction au stress, il reste un certain nombre de constantes observées à la fois chez l'enfant et chez l'adulte.

 

Grâce à l'éclairage apporté par les découvertes qui sont en cours en biologie moléculaire et génétique** sur ce qui se passe au niveau des modifications bio-chimiques cérébrales en cas de stress, il sera de plus en plus difficile de remettre en question les effets délétères du stress prolongé sur l'organisme vivant, à commencer, dans le cas de la maltraitance subie par l'enfant, par celui d'une altération dans le développement neuronal du cerveau de cet enfant et dont la gravité sera en relation avec la tranche d'âge durant laquelle il aura été exposé à de mauvais traitements*** ( plus voir fichiers suivants et références/liens).

 

On parle d'état de stress chronique**** quand la personne est exposée et qu'elle subit des traumatismes à répétition, une condition de vie qui est à différencier de celle occasionnée par un traumatisme isolé qui, quand il produit une réaction de stress, provoque un déséquilibre le plus souvent transitoire dans le fonctionnement physique et occasionnel en cas de rappel mnémonique ou sensoriel (visuel, auditif, olfactif, kinesthésique) dans le fonctionnement psychique de la personne de tout âge.

 

Quand il s'agit de l'enfant, il y a un type de situation qui présente le risque d'engendrer un état de stress chronique auquel il ne pourra échapper s'il a le malheur d'y être exposé: c'est celui de la maltraitance, en particulier, de la maltraitance parentale, une forme de maltraitance qui est à l'origine, non seulement de troubles physiques mais aussi de grandes perturbations psycho-affectives, émotives et sociales puisque c'est toute sa relation aux adultes-figures parentales, au monde et donc à lui-même, qui est atteinte.

Pour preuves additionnelles s'il en faut de ces effets délétères du stress chronique sur le développement de l'enfant, il n'y a qu'à observer et écouter les adultes, jeunes et moins jeunes, qui ont souffert durant leur enfance et leur adolescence des mauvais traitements que leur ont infligé des parents peu ou pas soucieux ou inconscients de ce qu'ils faisaient subir à leurs enfants, en particulier dans le cadre de séparation et/ou de divorce.

En effet, depuis quelques années, on observe de plus en plus de jeunes adultes, femmes et hommes qui, enfants, ont subi des traumatismes à répétition, le plus souvent, de nature psychologique, la sphère émotivo-affective étant la plus touchée, et ce à cause non seulement de figures parentales irresponsables et/ou inadéquates et déséquilibrées (cet état de fait a existé de tout temps), mais aussi, et c'est plus récent, à cause de ce phénomène sociétal en expansion et représenté, en cas de séparation parentale/ divorce houleux, par l'attribution de droits d'une garde, en alternance ou non, qui, quand imposée, est mal gérée, et ce, sans que personne ne s'inquiète ni de l'âge de l'enfant ni des besoins qui sont les siens ni de ses réactions alarmantes face à ces différents traumatismes.

J'ajouterai donc à mes observations faites chez les enfants celles recueillies auprès d'adultes en ce qui concerne les répercussions psychologiques à l'âge adulte du stress chronique vécu quand enfant.

Nous verrons alors que la résilience souvent invoquée comme phénomène de récupération de l'enfant face aux souffrances morales et physiques qu'il vit n'est pas toujours au rendez-vous de son équilibre psychologique futur et, s'il l'est, ce n'est pas nécessairement dans toutes les sphères de ses activités d'enfant ou d'adulte.

Dans bien des cas, si l'on garde la figure sémantique qui s'applique à la physique, d'une part, c'est plutôt le phénomène de rémanence que l'on observe tant chez les enfants devenus grands que chez les adultes qui furent exposés à des situations de stress chronique quand enfants; d'autre part, s'il n'y avait pas tant de facteurs rémanents dans notre vie, on n'aurait pas autant recours à la psychothérapie!

Cette rémanence ou persistance résiduelle de symptômes après disparition de leurs causes d'origine s'exprime premièrement sous forme d'un fond d'angoisse généralisée avec tonalité dépressive de l'affect dont les principales composantes, qui représentent autant de constantes, sont: résignation et mélancolie, l'émotion dominante demeurant celle de tristesse.

 

* Le psychiatre Bessel A.van der Kolk parle de "Developmental Trauma Disorder" qu'il différencie du "Post-Traumatic Stress Disorder" dans un article publié en mai 2005 dans  Psychiatry Annals (Vol. 35, n°5, pp.401-408).

 

**Les répercussions psycho-physiologiques au stress chronique ont été étudiées depuis plusieurs décennies en neuro-psycho-physiologie. Plus récemment, c'est en biologie moléculaire et génétique que les résultats sont les plus marquants: décodage des signatures moléculaires du stress, identification de bio-marqueurs ( raccourcissement des télomères, altérations épigénétiques, maturation différée des oligodendrocytes nécessaires pour conduction nerveuse et transmission des informations au niveau cérébral).

Parmi les publications sur les conséquences biologiques des situations de maltraitance subies durant l'enfance, celle de  Patrick O. McGowan et al. Epigenetic regulation of the glucocorticoid receptor in human brain associates with childhood abuse. Nature Neuroscience, Vol.12, Number 3, March 2009,  www.nature.com/neuro/journal/vaop/ncurrent/full/nn.2270.html      Cette étude capitale nous apporte la démonstration chez l'être humain de ce que l'on avait auparavant identifié chez le rat à savoir que des mauvais traitements subis par les petits peuvent avoir des conséquences bio-moléculaires de type épigénétique sur le fonctionnement de leur cerveau dans l'adaptation au stress; en d'autres termes, les mauvais traitements peuvent induire une altération dans le fonctionnement des gènes impliqués dans le contrôle du stress; ce qui entraîne un possible affaiblissement de la capacité à gérer le stress ultérieurement.     

Pour une revue exhaustive des dernières recherches dans ces domaines: Roger K.Pitman et al., Biological studies of post-traumatic stress disorder. Nature Reviews Neuroscience,13, 769-787 (November 2012) http://nature.com/nrn/journal/v13/n11/full/nrn3339.html       

 

***Excellente revue faite par Sonia L.Lupien et ses collaborateurs sur les effets du stress sur le cerveau, comportements et cognition, selon les tranches d'âge de la période pré-natale jusqu'à la vieillesse en passant par la période post-natale, l'adolescence et l'âge adulte, à partir d'études animales et humaines avec proposition d'un modèle de cycle du stress quand il y a maltraitance selon les tranches de vie donc dépendant du stade de développement anatomo-fonctionnel du cerveau (dont la myélinisation avec les oligodendrocytes); la conclusion étant celle que nous connaissons tous, professionnels de la santé et que nous nous efforçons d'appliquer, soit intervenir le plus tôt possible auprès de la famille du jeune enfant quand celui-ci est en danger afin d'éviter les effets délétères dûs au stress sur son cerveau et son développement anatomo-physiologique et fonctionnel. Lupien, Sonia J. et al., Effects of stress throughout lifespan on the brain, behaviour and cognition. Nature Reviews Neuroscience, 10, 434-445, June 2009 www.nature.com/nrm/journal/v10/n6/abs/nrn2639.html

 

**** Le terme "état" indique une durée, donc une certaine chronicité et, simultanément, dans le présent contexte une condition; la redondance est ici nécessaire afin d'apporter toute sa validité à cette catégorie psychonosologique en désignation de la condition que peut engendrer des traumas subis à répétition au cours du dévelopement de l'enfant.

 

blue05_next.gif  Voyons dans le détail quels sont les différents types de maltraitance et pourquoi la maltraitance quand exercée par une figure parentale est-elle si destructrice de la personnalité de l'enfant, de sa relation au monde et interfère-t-elle autant avec son bon développement.

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Copyright © { juin 2007} {Dominique Brunet, Ph.D.}. Tous droits réservés.

révision novembre 2012

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